Le Prieuré de l’Oranger

Sœurs de l’oranger, dragonniers, bonjour ! Aujourd’hui, on parle du Prieuré de l’Oranger de Samantha Shannon, paru aux éditions De Saxus en 2019. La parution du roman, accompagnée d’une promotion menée tambour battant avait tout pour m’intriguer et je remercie encore mon amie de me l’avoir offert.

L’histoire :

Sabran Berethnet est la dernière représentante de la famille royale qui règne sur l’Inys depuis presque mille ans. Elle rechigne à se marier et ainsi donner une héritière à son peuple, protégeant ainsi le trône pour une nouvelle génération. En effet, une vieille prophétie annonce que tant qu’une femme sera à la tête du reinaume, la menace du Sans-Nom sera repoussée.
Ead Duryan est envoyée par les mystérieuses soeurs de l’Oranger pour protéger la reine, quitte à utiliser une magie interdite.
Enfin, de l’autre côté de l’Abysse, ce vaste océan, Tané est une jeune femme que le lourd entrainement a mené à la veille de l’accomplissement de son rêve : devenir dragonnière.
Séparées par leurs croyances opposées et leur culture, ces trois femmes vont voir leur destin se lier pour, peut-être, réussir à sauver le monde qu’elle connaissent et le protéger de cette menace qui veille…

L’univers :

J’ai bien aimé ce monde qui présente plusieurs aspects, plusieurs cultures. L’Inys montre une ambiance de fantasy médiévale classique alors que la Seiki fait clairement penser à un japon médiéval. Enfin, on comprend un peu plus tard que le Lasia se rapproche d’un orient qui évoque les mille et unes nuits.
Les différents éléments culturels sont subtils et bien amenés. Par exemple, en Seiki, chaque élément de décors et d’habillement ne hurle pas « Japon ! ». C’est nuancé et sous-entendu.

En plus de ça, les personnages voyagent beaucoup, nous faisant visiter les différentes contrées décrites. On les découvre à travers leurs yeux et c’est très agréable.

Les personnages :

Comme d’habitude, les différentes changements de point de vue ont eu tendance à me sortir de ma lecture, surtout au début. Ensuite, plus l’histoire progressait, plus j’avais envie de savoir ce qui allait arriver à chacun d’eux, donc ça allait. Au final, le point de vue que j’aimais le moins était celui du Docteur Roos qui avait le don de m’agacer, notamment en se plaignant sans arrêt. Il en reste pourtant un personnage intéressant car ni tout blanc, ni tout noir. On ne sait jamais vraiment de quel côté il se situe ni où va son intérêt.

Les personnages principaux, sans être des exemples de complexité étaient plutôt bien écrits. J’ai aimé Ead partagée entre sa loyauté pour le Prieuré et son amour naissant pour Sabran. J’ai aussi aimé découvrir les failles de la reine, dépassant le côté très froid qu’on nous montre au début.
J’ai trouvé Tané un peu trop lisse, de même que les dragons. Ces créatures millénaires considérées comme des Dieux auraient mérité plus de nuances.

J’ai aimé ces portraits de femmes qui gèrent leur vie et se battent, chacune à leur manière. Elles n’hésitent pas à s’attaquer à l’ordre établi, pour défendre leurs idéaux. J’ai beaucoup aimé l’utilisation du mot « reinaume » pour ce pays gouverné exclusivement par des reines. Ce roman à la trame pourtant assez classique parle aussi des femmes au pouvoir, de la pression d’enfanter, etc. Et ça fait du bien !

Je ne résiste pas à l’envie de mettre l’intégralité de l’illustration de couverture de Ivan Belikov que je trouve superbe.

En général :

C’est un schéma d’histoire assez classique dans les littératures de l’imaginaire, mais bien mené pour autant. Quelques clichés de la fantasy font surface et m’ont fait esquisser un sourire ironique. On y retrouve notamment le compte à rebours avant le retour du Grand Méchant, la prophétie, des élues…

L’histoire démarre assez lentement pour s’accélérer de manière progressive. Passée la moitié, tout s’enchaine à toute vitesse pour un final que j’ai trouvé du coup un peu trop rapide, surtout au terme d’un roman de près de mille pages. Par exemple, l’éclosion de la vérité sur une religion qui régit des royaumes depuis un millénaire n’a quasiment aucune conséquence. J’aurais aimé un épilogue plus détaillé sur ce point.

Enfin, je salue l’éditeur, De Saxus, qui n’a pas cédé aux sirènes du découpage et nous a offert ce beau one shot en un seul volume. Certains pourraient en prendre de la graine, comme, pour ne citer qu’eux, Flammarion qui a su diviser une série (Game of Throne) comprenant cinq tomes à ce jour en version originale en dix-huit tomes…

En conclusion :

Ce beau roman de pourtant presque mille pages se lit vite. On y rentre sans problème dans l’histoire et on se laisse volontiers porter de voyages en rebondissements, jusqu’au dénouement final. Une belle réussite malgré une trame qui manque d’originalité.

La citation qui en dit long :

« Des fleurs blanches parsemaient les lieux. L’oranger se dressait de toute sa hauteur, déployant ses branches telles des mains ouvertes. Chaque pas effectué dans sa direction lui asséchait la gorge. Elle avait traversé la moitié du monde pour revenir ici, à la source de son pouvoir.
La nuit sembla s’embraser quand elle se mit à genoux. Lorsqu’elle plongea ses mains dans le terreau, des larmes de soulagement s’écoulèrent, et chacune de ses respirations fut pareille à une trainée de couteau dans sa gorge. Elle oublia tout ceux qu’elle avait jamais connu. Il n’existait plus que l’arbre. Le donateur de feu. C’était son seul objectif, sa raison d’être. Et il l’appelait, après ces huit années, lui promettant sa flamme sacrée.
Ead tourna les paumes vers le ciel et attendit, comme les cultures attendent la pluie.
Remplis-moi de ton feu. Elle priait silencieusement. Permets-moi de te servir.
La nuit devint soudain trop silencieuse. Puis – lentement, comme s’il s’enfonçait dans l’eau -, un fruit doré tomba. »

Et la couverture alors ?

Je salue à nouveau le très beau travail de De Saxus, repris de la version originale publiée chez Bloomsbury. Il en existe deux versions en France : une couverture souple et une couverture cartonnée.
La couverture, d’une couleur jaune orangée évoque certes le feu mais aussi la couleur du fruit de l’arbre-titre. Le titre et le dragons bleus ont été recouverts d’une couche de vernis brillant transformant ce livre en un très bel objet. On devine que le dragon sur la première de couverture est Feudel, dans la scène où il tente de bruler Sabran, qui est sauvée des flammes par Ead. Le dragons que l’on voit en quatrième de couverture ressemble plus à ceux des mythologie asiatiques et donc aux dragons que chevauchent des dragonniers. Les deux parties du monde sont ainsi représentées, achevant de les unir.

Le bonnet du lutin :

Éditions :
Le Prieuré de l’Oranger, Samantha Shannon, De Saxus, 9782378760373, 24.90€.
Existe aussi en couverture cartonnée (9782378760397, 29.90€) et au format numérique (9782378760427, 14.99€).

2 réflexions sur “Le Prieuré de l’Oranger

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